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105 résultats trouvés avec une recherche vide

  • Défendre son choix de lecture (2/2)

    Un choix de lecture bien défendu (discussion riche, vivante, angle d'attaque original, bonne compréhension et recul critique dans son argumentaire, le tout dans une langue audible, choisie et clairement énoncée) doit donner envie de relire le texte. C'est le cas pour ces présentations audio d'élèves de 215, à partir du recueil (lecture cursive de la séquence poésie consacrée au sonnet des 16e au 17e siècles). RAPPEL des conseils et critères d'évaluation: https://www.lydiablanc.fr/post/oral-choix-de-lecture ) (NOTA BENE les élèves concertés ont résolu de "parapher", numériquement du moins, leur travail audio.) Le choix de NL: sonnet 17 #hyperbole #satire #courtisans #mort #provocation #défi Le choix de PM: sonnet 139 #cour #courtisans #hypocrisie #liberté #actualité #carriérisme #naturehumaine #messageperpétuel Le choix de CL : sonnet 68 #stéréotype #caricature #autocritique #ironie Le choix de CE : sonnet 26 #Ronsard #amitié #prévention #attentiondanger #mer #Ulysse #merveilleux #poétique

  • Montaigne "des cannibales" et "des coches"

    "Notre monde vient d'en trouver un autre " (Essais, III, 6) Programmation séquentielle NOTA BENE sujet de dissertation modifié, cf. bas de cette page web (faire défiler). Défi du jour: Montaigne en 2mn chrono par Fr. BUSNEL / FranceTV par la collection Folio/Gallimard Synthèse comparative Corpus étudié "Des cannibales", I, 31 "Des coches", III, 6 Présentation radiophonique ("les chemins de la philosophie"/ France Culture): Le texte lui-même, débutant par "Notre monde vient d'en trouver un autre": Quiz préparatoire Quelques repérages, guidés, en guise d'introduction aux 3 textes de MONTAIGNE qui constituent le socle de notre séquence Oeuvre intégrale par extraits: édition conseillée conseillée seulement (pour sa traduction en français moderne par André LANLY) Présentation & actualité de MONTAIGNE Page BNF : présentation de Montaigne , de son oeuvre et sa démarche philosophique MONTAIGNE & le confinement, art. Libération du vendredi 02 avril 2020 par Antoine COMPAGNON (prof.de littérature française au Collège de France) Cf. Un été avec Montaigne, France inter et https://www.college-de-france.fr/media/antoine-compagnon/UPL66272_Compagnon.pdf Une énigme: la religion de MONTAIGNE? Retour sur la fin des "Cannibales" à compléter par: https://www.ehess.fr/fr/ouvrage/montaigne-montaigne où l’anthropologue a plutôt tendance à associer MONTAIGNE aux idées protestantes (véhiculées notamment par J. de LERY qui a diffusé ses écrits peu avant la publication des Essais) MONTAIGNE, l'homme pluriel mais d'un seul ouvrage (les Essais) : Moi à cette heure, et moi tantôt, sommes bien deux. Quand meilleur, je n’en puis rien dire. (1505) (...) Je n’ai pas plus fait mon livre, que mon livre m’a fait. Livre consubstantiel à son auteur » (II, 18, 665, 1026) ; et « qui touche l’un, touche l’autre (III, 2, 806, 1258). Parcours "Civilisation et sauvagerie" Aux origines du "bon sauvage" Jean de LERY, Histoire d’un Voyage fait en la terre du Brésil (1578) L’Histoire d’un voyage fait en la terre du Brésil constitue l’œuvre principale de Jean de Léry. Dans ce tableau du monde sauvage, l’auteur dépeint la nature brésilienne et les coutumes de l’ethnie « Tupinamba ». Toutefois avant de clore ce chapitre, c'est ici le lieu de répondre tant à ceux qui ont écrit, qu’à ceux qui pensent que la fréquentation entre ces sauvages tout nus, et principalement celle des femmes, incite à lubricité et paillardise. Sur quoi je dirai en un mot, qu'il est vrai, comme on peut s'y attendre, qu' il n’y a que trop d’occasion d’observer qu’outre la malhonnêteté de voir ces femmes nues, cela ne semble aussi servir comme d’un appât ordinaire pour susciter la convoitise : toutefois, pour en parler selon ce qui s'en est communément aperçu alors, cette nudité, si grossière chez ses femmes est beaucoup moins attrayante qu’on ne croirait. Et partant, je maintiens que les parures, fards, fausses perruques, cheveux tortillés, grands collets frisés, vertugadins, robes sur robes, et autres infinies bagatelles dont les femmes et filles de par deçà se contrefont et n’ont jamais assez, sont sans comparaison, cause de plus de maux que n’est la nudité ordinaire des femmes sauvages : lesquelles cependant, quant au naturel, ne doivent rien aux autres en beauté. (...) Mais ce que j’ai dit de ces sauvages est, pour montrer qu’en les condamnant si austèrement, de ce que sans nulle vergogne ils vont ainsi le corps entièrement découvert, nous ne sommes pas plus louable avec nos excès en l'autre extrémité, c'est à dire par notre luxe,nos superfluités et excès en habits. Et plût à Dieu, pour mettre fin à ce point, que chacun d'entre nous s’habillât modestement plus pour l’honnêteté et nécessité, que pour la gloire et mondanité. Le discours de l'anthropologue Claude LEVI-STRAUSS, Race et Histoire (1968) L'attitude la plus ancienne, et qui repose sans doute sur des fondements psychologiques solides puisqu'elle tend à réapparaître chez chacun de nous quand nous sommes placés dans une situation inattendue, consiste à répudier purement et simplement les formes culturelles : morales, religieuses, sociales, esthétiques, qui sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions. « Habitudes de sauvages », « cela n'est pas de chez nous », « on ne devrait pas permettre cela », etc.., autant de réactions grossières qui traduisent ce même frisson, cette même répulsion en présence de manières de vivre, de croire ou de penser qui nous sont étrangères. Ainsi l'Antiquité confondait-elle tout ce qui ne participait pas de la culture grecque (puis gréco-romaine) sous le même nom de barbare; la civilisation occidentale a ensuite utilisé le terme de sauvage dans le même sens. Or, derrière ces épithètes se dissimule un même jugement: il est probable que le mot barbare se réfère étymologiquement à la confusion et à l'inarticulation du chant des oiseaux, opposées à la valeur signifiante du langage humain; et sauvage, qui veut dire «de la forêt », évoque aussi un genre de vie animal par opposition à la culture humaine. [...] L'humanité cesse aux frontières de la tribu, du groupe linguistique, parfois même du village; à tel point qu'un grand nombre de populations dites primitives se désignent elles-mêmes d'un nom qui signifie les «hommes » (ou parfois - dirons-nous avec plus de discrétion? - les « bons », les « excellents » , les « complets »), impliquant ainsi que les autres tribus, groupes ou villages ne participent pas des vertus ou même de la nature humaine, mais qu'ils sont tout au plus composés de «mauvais», de « méchants », de « singes de terre » ou « d'œufs de pou ». On va souvent jusqu'à priver l'étranger de ce dernier degré de réalité en en faisant un « fantôme » ou une « apparition». Ainsi se réalisent de curieuses situations où deux interlocuteurs se donnent cruellement la réplique. Dans les Grandes Antilles, quelques années après la découverte de l'Amérique, pendant que les Espagnols envoyaient des commissions d'enquête pour rechercher si les indigènes avaient ou non une âme, ces derniers s'employaient à immerger des Blancs prisonniers, afin de vérifier, par une surveillance prolongée, si leur cadavre était ou non sujet à la putréfaction. [...] En refusant l'humanité à ceux qui apparaissent comme les plus « sauvages » ou « barbares » de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leurs attitudes typiques. Le barbare, c'est d'abord l'homme qui croit à la barbarie". Paradise lost ? Michel TOURNIER Vendredi & Robinson, une acculturation réciproque? Paul GAUGUIN "Je suis un sauvage!" Mais comment devient-on sauvage?! https://www.franceculture.fr/philosophie/gauguin-ou-la-vie-sauvage-jetais-un-autre-homme-un-sauvage-un-maori Le barbare n'est pas celui que l'on croit... Lisa REIHANA artiste plasticienne néo-zélandaise (descendante de Maoris par son père), revient sur l'installation des colons blancs, dans une installation vidéo très remarquée, présentée récemment au Quai Branly; elle dénonce le mythe des "bons sauvages" civilisés ("policés" dirait-on au 16e s. de MONTAIGNE par l'homme blanc: Le siècle des  Lumières, héritier de l'Humanisme Cf. pour rappel, un passage de l'Encyclopédie, ici par le Chevalier de JAUCOURT, l'article "Traite des Nègres" À qui est-il permis de devenir opulent, en rendant malheureux ses semblables ? Peut-il être légitime de dépouiller l'espèce humaine de ses droits les plus sacrés, uniquement pour satisfaire son avarice, sa vanité, ou ses passions particulières ? Non... Que les colonies européennes soient donc plutôt détruites, que de faire tant de malheureux ! "Le regard éloigné" chez MONTESQUIEU: lettre 37 des Lettres persanes Bons et mauvais sauvages? (parcours) Du discours sur l'autre au discours par l'autre Le diaporama suivant se place en cours, entre les séances consacrées à l'étude des extraits de MONTAIGNE et les deux textes de parcours associé, DIDEROT et Fr. FANON. Parcours associé: Frantz FANON Corrigé du commentaire Frantz FANON présenté sur ce site académique martiniquais mais aussi sur la première chaîne publique martiniquaise et sur TV5-Monde: https://information.tv5monde.com/info/frantz-fanon-grand-penseur-des-luttes-anti-coloniales-6737 Pour aller plus loin Césaire et la Négritude, ou quand l'indien/le "nègre"/le barbare répondent (enfin) ... Le regard historien sur les barbares & les sauvages Par François HARTOG, prof. d'histoire grecque, dir. d'études à l'EHESS Decembre 2012 Francois Hartog Les Barbares by lyblanc on Scribd groupe de recherches ACHAC, les "zoos humains" Programme Zoos Humains WEB by lyblanc on Scribd ALERTE TV Sur France 5 le 14.10.2020, doc "stupéfiant". Intervenants: Daniel MAXIMIN, Pap N'DIAYE, Pascal BLANCHARD ... https://www.france.tv/france-5/le-doc-stupefiant/1987739-modeles-noirs-regards-blancs.html Grammaire en classe Entrainement à la maison facultatif Dissertation Sujet 1 (juin 2020): Pour CICERON, une argumentation doit réunir ces trois fonctions : docere (instruire), delectare (plaire) et movere (toucher). En quoi MONTAIGNE remplit-il ce triple objectif ? Sujet 2 (octobre 2020): à partir de JM-G LE CLEZIO (ERRATUM entretien du 19 sept et non du 11 sept '14) Dans un entretien donné au journal Le Monde (19/09/2014), J.-M.-G. LE CLEZIO affirme avoir trouvé dans l’Île Maurice de son enfance un modèle de « coexistence » (entre les peuples). Dans quelle mesure les deux chapitres des Essais que vous avez étudiés donnent-ils (déjà) à voir cet idéal de la « coexistence »? Pour l'entretien dans sa totalité : https://www.lemonde.fr/blog/fredericjoignot/2014/09/19/1913/ Aide au devoir de dissertation Extraite du sujet EAF séries techno, sept.2020 S. ZWEIG, Erasme, grandeur et décadence d'une idée (1935), trad. A. HELLA Proposition de corrigé Ouverture de conclusion possible Michel VINAVER, 11 septembre 2001 (l'arche, 2002) Idées de lecture JC RUFIN, Rouge Brésil (Gallimard, 2001) L. BINET, Civilizations (Grasset, 2019)

  • Travailler au lycée

    Savoir étudier, gagner en autonomie et en efficacité au lycée... tout cela n'a rien d'inné: cela s'apprend et se travaille quotidiennement ! Comment gagner son temps en classe ? Puis ne pas le perdre une fois à la maison? Comment acquérir puis consolider? Comment optimiser son temps d'apprentissage puis de révision? Cibler les bonnes ressources à portée de clic? Le mode d'emploi ci-dessous balaie les possibilités offertes au lycéen d'aujourd'hui.

  • Beaumarchais

    Grammaire Etude grammaticale pour la scène d'exposition: l'expression de la négation. Entraînement (facultatif) à la dissertation sur Le mariage de Figaro Sujet de dissertation facultative (pour le 09/12):  à partir de BERGSON, Essai sur le rire. et les pistes de corrigé: Contextualisation Présentation de l'oeuvre par la BNF Tenter une biographie du personnage? Cf. Figaro avant le Mariage, ici deux interventions sur le Figaro du Barbier de Séville. Arts scéniques Figaro à l'opéra, de Beaumarchais à Mozart, par la Philharmonie de Paris. Différentes visions du personnage de Figaro par différents metteurs en scène, cf. plateforme SCEREN/Canopé. Annexe vidéo (DVD CNDP/Scéren/Canopé) (compte-rendu) : le personnage de Figaro vu par ... Le dossier pédagogique autour de la mise en scène de Ruy Blas par Ch. SCHIARETTI (TNP, 2012), avec de longs extraits de textes de Victor HUGO et commentaire par Anne UBERSFELD (sur HUGO, le Romantisme, le théâtre, le peuple). QUESTION DE GRAMMAIRE: une analyse syntaxique (= découpage de la phrase) à partir du III, 2 de Ruy Blas. Figaro vu par JP VINCENT JP VINCENT : ancien administrateur de la Comédie Française, metteur en scène Lecture cursive: Ruy Blas (1838) Cf. séquence sur la pièce de Victor HUGO Le texte intégral de Victor HUGO à télécharger Mise en scène Ch. SCHIARETTI (TNP Villeurbanne, 2012) Une extension possible: Les Bonnes La célèbre pièce Les Bonnes de Jean GENET (1947) aurait pu faire elle aussi l'objet de la lecture cursive. Pour en savoir plus: https://www.theatre-contemporain.net/spectacles/Les-Bonnes-5246/

  • La dissertation sur oeuvre (exemples)

    Pour un niveau de première générale Exemple de sujet sur le théâtre (Le Mariage de Figaro) Exemple n°1 : réflexion, brouillon et plan (élaboré en classe, sujet d'entraînement) Exemple n°2 : rédaction intégrale Y. MORAUD, Le mariage de Figaro, un passage du "jeu" au "je" ?

  • TICE (I)

    Exemple d'utilisation de l'outil learningapps: s'approprier une lecture cursive. Séquence La littérature d'idées - MONTAIGNE, Essais I, 31 et III, 6 Parcours "Notre monde vient d'en trouver un autre" Lecture cursive: Aimé CESAIRE, Discours sur le colonialisme (1950)

  • TICE (II)

    Objectif: réviser la séquence en vue de l'oral; préparer la dissertation en vue de l'écrit. Proposition: se constituer une réserve de citations Outil: l'application gratuite en ligne learningsapps

  • L'essentiel (1e, 2nde) en 2019-20

    Ci-dessous, on trouvera: Les progressions annuelles, les intitulés séquentiels, les œuvres étudiées à se procurer et le calendrier des évaluations, en 2nde et en 1e, pour l'année 2019-2020, Programmation annuelle de 2nde Programmation annuelle de 1e Calendrier des évaluations (2nde et 1e)

  • La grammaire au bac (réforme 2019)

    La grammaire fait partie (avec la lecture à voix haute et l'avis subjectif porté sur un programme de lectures) des compétences nouvellement évaluées par le bac de français ("EAF"), réforme 2019, applicable à la session 2020. Elle fera l'objet d'une interrogation en fin de première partie d'oral. La grammaire, une science en débat Elle est souvent, à tort, la "bête noire" des élèves (mais hélas aussi, et ça donne à réfléchir, des enseignants!) qui l'assimilent à une science dogmatique, pontifiante et jargonnante qui serait déconnectée du sens d'un texte. Le discours sur la grammaire qu'il soit porté par les linguistes, les sociologues ou les politiciens ressemble à une longue déploration, parfois décliniste; ainsi, c'est souvent en tant que réponse à des constats amers que semblent naître les réformes successives qui la touchent, de sorte la grammaire est toujours associée à un malaise de la civilisation. Pourtant la grammaire tient plus du levier que du frein. Pour les plus curieux désirant mesurer à quel point la grammaire va au cœur d'un texte (et ne s'en détourne pas), il est possible de lire des analyses d'un texte de haut niveau ici: https://www.persee.fr/collection/igram . Ce n'est pas là ce qui est demandé à l'élève de lycée bien-sûr, mais la simple consultation de ces analyses montre souvent tout ce que peut faire la grammaire: questionner, mettre en valeur le sens d'un texte et en enrichir l'interprétation. On se rend au moins compte, en parcourant cette revue universitaire L'information grammaticale, que ce n'est justement pas qu'une affaire de spécialistes: la grammaire questionne notre façon de parler, de projeter (consciemment ou à nos propres dépens) selon nos mots et tournures employées, et nous renvoie à l'histoire de la langue ainsi qu'aux possibilités langagières de notre vie les uns avec les autres, c'est-à-dire à notre communication. Qu'est-ce que l'orthographe? (JC PELLAT) prof. de linguistique à l'Univ. de Strasbourg: http://www.uoh.fr/front/ressource_view?id=bdeef18a-9cfe-4f80-ac23-82bf4e9d1d3d Le débat assez vif de ces dernières années a agité aussi bien les politiques que les linguistes et les pédagogues, la question étant au fond de savoir ce qu'on veut enseigner en enseignant la grammaire: si la grammaire n'était qu'un support de la communication ou si elle constituait un patrimoine culturel à valoriser, en forme de conservatoire des formes, ou encore, si elle était le témoin privilégié, de la sociologie, forcément relative et variable, de nos usages de parole. Moyen ou fin, prétexte ou enjeu, la grammaire a de toute façon des choses à nous dire sur notre parole et notre façon de l'employer. Pour le littéraire, elle constitue une manne de ressources aidant la compréhension approfondie d'un texte pour dépasser l'énoncé littéral et la signification apparente. Cf. J. Courtillon, « La mise en œuvre de la « grammaire du sens » dans l'approche communicative. Analyse de grammaires et de manuels », Éla. Études de linguistique appliquée, 2001/2 (no 122), p. 153-164. URL : https://www.cairn.info/revue-ela-2001-2-page-153.htm Définition La grammaire consiste à étudier les constituants d'une phrase (et même d'un discours), à l'échelle du mot, du groupe de mots dans la phrase ou des agencements de propositions entre elles. Elle comporte diverses sous-catégories: la morphologie (le lexique et la sémantique), l'orthographe (d'accord), la syntaxe, la conjugaison et même, la linguistique. Elle renvoie à la langue (française) à ce qu'elle est aussi, un système où tout (structure, sonorités, rythme etc.) se tient en fonction d'un sens et d'un effet à produire. A quoi ça sert ? (!) La grammaire sert à analyser et interpréter un texte littéraire: la forme sert le fond, le fond justifie la forme. L'un(e) explique l'autre et vice versa. Encore faut-il repérer et nommer les phénomènes pour les décrire, en analyser la portée et en interpréter l'emploi qui donne du sens à un énoncé ou un texte. On peut comparer les savoirs grammaticaux, qui sont des fonctionnements à apprendre et des leçons à apprendre, aux théorèmes de mathématiques ou aux formules et lois physiques: ne pas les connaître empêche la résolution des problèmes et retarde voire compromet le raisonnement. Exemple d'étude littéraire par la grammaire: https://www4.ac-nancy-metz.fr/lettres/lyc/prog2et1/Programmes/Seance_de_Langue_ponctuelle_accord_GN_Lison_A-F_S-D.pdf Un autre exemple, que j'ai généré et que je présente à mes élèves dès qu'un(e) deux tente "la grammaire, ça sert à rien" ou, variante, "j'aime pas la grammaire" (or la grammaire reste beaucoup plus agréable que les brocolis et les lentilles), pour montrer que le fond c'est la forme, et vice-versa: à partir de  Victor HUGO, décrivant la déchéance de Fantine figure tragique et sacrificielle de la maternité dans les Misérables. La grammaire au lycée (Réforme 2019): les notions à maîtriser La Réforme veut réhabiliter la grammaire, aux modalités et aux enjeux tant didactiques que sociologiques décidément toujours très discutés: https://www.cahiers-pedagogiques.com/Quelle-grammaire-enseigner Cf. note de service du Ministre JM BLANQUER adressée aux Recteurs fin 2018 à ce sujet. Le Ministère a réparti des items grammaticaux à étudier, maîtriser et évaluer sur les deux années de lycée : Les classes de mots, Les fonctions grammaticales , les accords Le verbe : valeurs temporelles, aspectuelles, modales; Les accords entre le sujet et le verbe ; La concordance des temps Les phrases complexes La proposition subordonnée relative, les pronoms relatifs Les propositions subordonnées conjonctives circonstancielles: expressions de la cause, de la conséquence et de l’opposition La négation L’interrogation Lexique: origine, formation des mots etc. NOTA BENE: Ces notions ne sont pas nouvelles (c'est sur leur systématisation qui l'est); elles ont été abordées et posées à l'école élémentaire puis étudiées au collège pour être enfin mises au service de l'interprétation du patrimoine littéraire au lycée. légende: en jaune, les compétences spécifiques de 1e, évaluables à l'oral de l'EAF; en bleu, les compétences de 2nde, en vert, les compétences communes 2nde-1e. Les consignes académiques semblent orienter l'épreuve de baccalauréat ainsi: on interrogera le candidat de préférence sur les items de niveau 1e, et plus encore, sur les 3 notions: négatives interrogatives subordonnées conjonctives circonstancielles L'épreuve de grammaire en 2mn chrono au bac: méthode Il s'agit donc pour le candidat de bac de savoir "zoomer" sur un phénomène grammatical (syntaxique, morphologique, linguistique, orthographique) pointé par l'examinateur de bac et de le faire parler, en quelques minutes, en respectant les trois étapes suivantes qui font aller le candidat de l'observation à la description à l'interprétation: Définir la notion en jeu (= la leçon de grammaire, le cas général, la norme) Repérer le phénomène dans le texte et commenter le relevé des occurrences (Quelle fréquence? A un emplacement marquant du texte?) Décrire le fonctionnement du phénomène observé (cas particulier) Interpréter: montrer l'intérêt du phénomène dans l'extrait étudié Des exemples une question de grammaire traitée, site ministériel: https://cache.media.eduscol.education.fr/file/FRANCAIS/42/2/RA19_Lycee_GT_1re_FRA_negation_explication_texte_1190422.pdf et divers exemples de mise en oeuvre de la question grammaticale, item par item : https://eduscol.education.fr/cid144098/francais-bac-2021.html#lien2 Voir également des questions de grammaire traitées: https://www.lydiablanc.fr/post/la-question-de-grammaire-2-exemples (RAPPEL. On appelle analyse syntaxique le découpage de la phrase pour en repérer les différents constituants, à savoir les propositions, juxtaposées, coordonnées ou subordonnées dans un système hiérarchisé qu'on appelle alors phrase complexe). Travailler & réviser la grammaire: quels ouvrages de référence pour travailler la grammaire en autonomie? Quelques conseils de révisions ou d'entraînement ici: http://www.lyc-luynes.ac-aix-marseille.fr/spip/spip.php?article2089 Sinon, retour aux fondamentaux, le BLED ou le GREVISSE : https://www.bled.hachette-education.com/bled-grammaire-9782010003950 et pour s'entraîner: https://www.grevisse.fr/eleves-parents/exercices-gratuits RAPPEL le manuel scolaire (papier ou numérique) comporte, le plus souvent en fin d'ouvrage, un récapitulatif des notions grammaticales à maîtriser, le plus souvent sous forme de fiches à mémoriser. Ressources grammaticales en ligne L'équipe pédagogique de l'Ecole élémentaire (!) de Saint-André de Ludon (Académie de Poitiers) a eu l'excellente idée de mettre en ligne un mémento grammatical, cf. particulièrement les pages 3 à 15. L'éditeur LeLivreScolaire, manuel numérique collaboratif (élaboré par un collectif enseignant -merci les collègues ! -), met à disposition une série de leçons de niveau fin de collège (3e) en grammaire. Comme souvent avec cet éditeur, le propos est à la portée de l'élève, s'efforçant de rester tout à la fois clair et juste. Sur les propositions subordonnées (complétives, conjonctives, relatives), l'académie de Versailles propose un récapitulatif sérieux et renseigné. Terminologie grammaticale (2019) https://eduscol.education.fr/lettres/actualites/actualites/article/un-evenement-grammaire-du-francais-terminologie-grammaticale.html#:~:text=Cette%20terminologie%20grammaticale%20constitue%20ainsi,ensemble%20structuré%20de%20notions%20grammaticales.

  • Négritude & BlackPower

    Les "zoos humains" Aimé CESAIRE : Fort-de-France/Paris/Fort-de-France Extrait d'un Cahier d'un retour au pays natal (1939) (exorde) Au bout du petit matin… Va-t’en, lui disais-je, gueule de flic, gueule de vache, va-t’en je déteste les larbins de l’ordre et les hannetons de l’espérance. Va-t’en mauvais gris-gris, punaise de moinillon. Puis je me tournais vers des paradis pour lui et les siens perdus, plus calme que la face d’une femme qui ment, et là, bercé par les effluves d’une pensée jamais lasse je nourrissais le vent, je délaçais les montres et j’entendais monter de l’autre côté du désastre, un fleuve de tourterelles et de trèfles de la savane que je porte toujours dans mes profondeurs à hauteur inverse du vingtième étage des maisons les plus insolentes et par précaution contre la force putréfiante des ambiances crépusculaires, arpentée nuit et jour d’un sacré soleil vénérien Au bout du petit matin bourgeonnant d’anses frêles les Antilles qui ont faim, les Antilles grêlées de petite vérole, les Antilles dynamitées d’alcool, échouées dans la boue de cette baie, dans la poussière de cette ville sinistrement échouées. Au bout du petit matin, l’extrême, trompeuse désolée eschare sur la blessure des eaux ; les martyrs qui ne témoignent pas ; les fleurs de sang qui se fanent et s’éparpillent dans le vent inutile comme des cris de perroquets babillards ; une vieille vie menteusement souriante, ses lèvres ouvertes d’angoisses désaffectées ; une vieille misère pourrissant sous le soleil, silencieusement ; un vieux silence crevant de pustules tièdes, l’affreuse inanité de notre raison d’être. Au bout du petit matin, sur cette plus fragile épaisseur de terre que dépasse de façon humiliante son grandiose avenir – les volcans éclateront, l’eau nue emportera les taches mûres du soleil et il ne restera plus qu’un bouillonnement tiède picoré d’oiseaux marins – la plage des songes et l’insensé réveil. Le discours contre le colonialisme (1955). Extraits. Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viet-Nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées. de tous ces prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. (...) Colonisation : tête de pont dans une civilisation de la barbarie d’où, à n’importe quel moment, peut déboucher la négation pure et simple de la civilisation. (...) la colonisation, je le répète, déshumanise l’homme même le plus civilisé ; que l’action coloniale, l’entreprise coloniale, la conquête coloniale, fondée sur le mépris de l’homme indigène et justifiée par ce mé­pris, tend inévitablement à modifier celui qui l’entreprend ; que le colonisateur, qui, pour se donner bonne conscience, s’habitue à voir dans l’autre la bête, s’entraîne à le traiter en bête, tend objectivement à se transformer lui-­même en bête. C’est cette action, ce choc en retour de la colonisation qu’il importait de signaler. Discours sur le Colonialisme (1950) Discours de Dakar, 1966 https://journals.openedition.org/gradhiva/1604 La Négritude après CESAIRE Les commémorations 2013 en l'honneur de CESAIRE https://cache.media.eduscol.education.fr/file/Aime_Cesaire/13/0/Aime_Cesaire_dossier_integral_dec2013_292130.pdf Léopold SEDAR SENGHOR "femme noire" (Chants d'ombre, 1948) Femme nue, femme noire Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté ! J’ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux Et voilà qu’au coeur de l’Eté et de Midi, je te découvre, Terre promise, du haut d’un haut col calciné Et ta beauté me foudroie en plein coeur, comme l’éclair d’un aigle. Femme nue, femme obscure Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fais lyrique ma bouche Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du vent d’Est Tamtam sculpté, tamtam tendu qui grondes sous les doigts du vainqueur Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée. Femme nue, femme obscure Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète, aux flancs des princes du Mali Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau Délices des jeux de l’esprit, les reflets de l’or rouge sur ta peau qui se moire A l’ombre de ta chevelure, s’éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux. Femme nue, femme noire Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Eternel Avant que le Destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie. De l'autre côté de l'Atlantique Ralph ELLISON, Invisible man (1953) De CESAIRE à BARAKA Frantz FANON à partir de Frantz FANON présenté sur ce site académique martiniquais mais aussi sur la première chaîne publique martiniquaise La créolité: Raphael CONFIANT La créolité, pour une poétique de la relation: CHAMOISEAU incipit de Texaco (Goncourt 1992) Patrick Chamoiseau, Texaco (1992) EPÎTRE DE TI-CIRIQUE AU MARQUEUR DE PAROLES HONTEUX: « A écrire, l'on m'eût vu le crayon noble, pointant moult élégantes, de dignes messieurs, l'olympe du sentiment; l'on m'eût vu Universel, élevé à l'oxygène des horizons, exaltant d'un français plus français que celui des Français, les profondeurs du pourquoi de l'homme, de la mort, de l'amour et de Dieu; mais nullement comme tu le fais, encossé dans les nègreries de ta Créolité ou dans le fibrociment décrépi des murs de Texaco. Oiseau de Cham, excuse-moi, mais tu manques d'Humanisme - et surtout de grandeur. » RÉPONSE DU LAMENTABLE: Cher maître, littérature au lieu vivant est un à-prendre vivant... Dès son entrée dans Texaco, le Christ reçut une pierre dont l'agressivité ne fut pas surprenante. A cette époque, il faut le dire, nous étions tous nerveux: une route nommée Pénétrante Ouest avait relié notre Quartier au centre de l'En-ville. C'est pourquoi les gens-bien, du fond de leur voiture, avaient jour après jour découvert l'entassement de nos cases qu'ils disaient insalubres -et ce spectacle leur sembla contraire à l'ordre public. Mais s'ils nous regardaient, nous-mêmes les regardions. C'était un combat d'yeux entre nous et l'En­ ville dans une guerre bien ancienne. Et dans cette guerre, une trêve s'était rompue car la construction de cette route ne pouvait, à nos yeux, qu'annoncer une ultime descente policière de chaque jour, dans une ambiance nerveuse où le Christ apparut. Iréné, le pêcheur de requin, l'aperçut le premier. Puis Sonore, la câpresse aux cheveux blancs d’autre chose que de l'âge, le vit venir. Mais tout le monde n'eut vent de son apparition qu’avec Marie-Clémence dont la langue il est vrai est un journal télévisé. A le voir, il semblait un de ces agents de la mairie moderne, qui détruisaient les quartiers populaires pour les civiliser en clapiers d'achélèmes ou même de ces huissiers des vieux temps-la­ misère qui nous sommaient de disparaître. C'est sans doute pourquoi il reçut le coup de pierre et perdit sur le long de sa joue un petit sang coulant. Qui donc avait lancé la pierre? Les réponses à cette question furent tellement prolifiques que la vérité vraie nous échappa toujours. (…) De la cale négrière au "Tout-monde", CHAMOISEAU héritier d'Edouard GLISSANT JM BASQUIAT Black lives matter Slave auction (1982) Expo flv, 2018 Chris OFILI

  • René CHAR

    Fureur et Mystère, le grand recueil L'avant-propos des Feuillets d'Hypnos (à . CAMUS) Feuillets d’Hypnos. 1943-1944 A Albert Camus. Hypnos saisit l’hiver et le vêtit de granit. L’hiver se fit sommeil et Hypnos devint feu. La suite appartient aux hommes. Ces notes n’empruntent rien à l’amour de soi, à la nouvelle, à la maxime ou au roman. Un feu d’herbes sèches eût tout aussi bien été leur éditeur. La vue du sang supplicié en a fait une fois perdre le fil, a réduit à néant leur importance. Elles furent écrites dans la tension, dans la colère, la peur, l’émulation, le dégoût, la ruse, le recueillement furtif, l’illusion de l’avenir, l’amitié, l’amour. C’est dire combien elles sont affectées par l’événement. Ensuite plus souvent survolées que relues. Ce carnet pourrait n’avoir appartenu à personne tant le sens de la vie d’un homme est sousjacent à ses pérégrinations, et difficilement séparable d’un mimétisme parfois hallucinant. De telles tendances furent néanmoins combattues. Ces notes marquent la résistance d’un humanisme conscient de ses devoirs, discret sur ses vertus, désirant réserver l’inaccessible champ libre à la fantaisie de ses soleils, et décidé à payer le prix pour cela. Etude de l'avant-propos des Feuillets d'Hypnos Fragment 128 Hommage à Céreste (84) Le boulanger n’avait pas encore dégrafé les rideaux de fer de sa boutique que déjà le village était assiégé, bâillonné, hypnotisé, mis dans l’impossibilité de bouger. Deux compagnies de S.S. et un détachement de miliciens le tenaient sous la gueule de leurs mitrailleuses et de leurs mortiers. Alors commença l’épreuve. Les habitants furent jetés hors des maisons et sommés de se rassembler sur la place centrale. Les clés sur les portes. Un vieux, dur d’oreille, qui ne tenait pas compte assez vite de l’ordre, vit les quatre murs et le toit de sa grange voler en morceaux sous l’effet d’une bombe. Depuis quatre heures j’étais éveillé. Marcelle était venue à mon volet me chuchoter l’alerte. J’avais reconnu immédiatement l’inutilité d’essayer de franchir le cordon de surveillance et de gagner la campagne. Je changeai rapidement de logis. La maison inhabitée où je me réfugiai autorisait, à toute extrémité, une résistance armée efficace. Je pouvais suivre de la fenêtre, derrière les rideaux jaunis, les allées et venues nerveuses des occupants. Pas un des miens n’était présent au village. Cette pensée me rassura. À quelques kilomètres de là, ils suivraient mes consignes et resteraient tapis. Des coups me parvenaient, ponctués d’injures. Les S.S. avaient surpris un jeune maçon qui revenait de relever des collets. Sa frayeur le désigna à leurs tortures. Une voix se penchait hurlante sur le corps tuméfié : « Où est-il ? Conduis-nous », suivie de silence. Et coups de pied et coups de crosse de pleuvoir. Une rage insensée s’empara de moi, chassa mon angoisse. Mes mains communiquaient à mon arme leur sueur crispée, exaltaient sa puissance contenue. Je calculais que le malheureux se tairait encore cinq minutes, puis, fatalement, il parlerait. J’eus honte de souhaiter sa mort avant cette échéance. Alors apparut jaillissant de chaque rue la marée des femmes, des enfants, des vieillards, se rendant au lieu de rassemblement, suivant un plan concerté. Ils se hâtaient sans hâte, ruisselant littéralement sur les S.S., les paralysant « en toute bonne foi ». Le maçon fut laissé pour mort. Furieuse, la patrouille se fraya un chemin à travers la foule et porta ses pas plus loin. Avec une prudence infinie, maintenant des yeux anxieux et bons regardaient dans ma direction, passaient comme un jet de lampe sur ma fenêtre. Je me découvris à moitié et un sourire se détacha de ma pâleur. Je tenais à ces êtres par mille fils confiants dont pas un ne devait se rompre. J’ai aimé farouchement mes semblables cette journée-là, bien au-delà du sacrifice. Hommage de Céreste Feuillet 178 Pour en savoir plus sur le recueil Fureur et mystère http://www.gallimard.fr/Footer/Ressources/Entretiens-et-documents/Histoire-d-un-livre-Fureur-et-mystere-de-Rene-Char/(source)/183420 Radio "ça ne peut pas faire de mal" France inter, Guillaume GALLIENNE de la Comédie Française Recueil Les matinaux (1950) "L'adolescent souffleté" (Les Matinaux, 1950) Les mêmes coups qui l’envoyaient au sol le lançaient en même temps loin devant sa vie, vers les futures années où, quand il saignerait, ce ne serait plus à cause de l’iniquité d’un seul. Tel l’arbuste que réconfortent ses racines et qui presse ses rameaux meurtris contre son fût résistant, il descendait ensuite à reculons dans le mutisme de ce savoir et dans son innocence. Enfin il s’échappait, s’enfuyait et devenait souverainement heureux. Il atteignait la prairie et la barrière des roseaux dont il cajolait la vase et percevait le sec frémissement. Il semblait que ce que la terre avait produit de plus noble et de plus persévérant, l’avait, en compensation, adopté. Il recommencerait ainsi jusqu’au moment où, la nécessité de rompre disparue, il se tiendrait droit et attentif parmi les hommes, à la fois plus vulnérable et plus fort. Correspondance CHAR est l'auteur d'une abondante correspondance, éditée chez GALLIMARD, avec Albert CAMUS (directeur de collection chez Gallimard et qui a donc édité CHAR) ou Paul CELAN pour les plus célèbres. et Albert CAMUS, de nouveau à René CHAR en 1951 Mon cher René, Je suppose que vous avez maintenant reçu L'Homme révolté. La sortie en a été un peu retardée par des embarras d'imprimerie. Naturellement, je réserve pour votre retour un autre exemplaire, qui sera le bon. Bien avant que le livre soit sorti, les pages sur Lautréamont, parues dans les Cahiers du Sud, ont suscité une réaction particulièrement sotte et naïve, et qui se voulait méchante de Breton. Décidément, il n'en finira jamais avec le collège. J'ai répondu, sur un autre ton, et seulement parce que les affirmations gratuites de Breton risquaient de faire passer le livre pour ce qu'il n'était pas. Ceci pour vous tenir au courant de l'actualité bien parisienne, toujours aussi frivole et lassante, comme vous le voyez. Je le ressens de plus en plus, malheureusement. D'avoir expulsé ce livre m'a laissé tout vide, et dans un curieux état de dépression « aérienne ». Et puis une certaine solitude... Mais ce n'est pas à vous que je peux apprendre cela. J'ai beaucoup pensé à notre dernière conversation, à vous, à mon désir de vous aider. Mais il y a en vous de quoi soulever le monde. Simplement, vous recherchez, nous recherchons le point d'appui. Vous savez du moins que vous n'êtes pas seul dans cette recherche. Ce que vous savez peut-être mal c'est à quel point vous êtes un besoin pour ceux qui vous aiment et, qui sans vous, ne vaudraient plus grand chose. Je parle d'abord pour moi qui ne me suis jamais résigné à voir la vie perdre de son sens, et de son sang. A vrai dire, c'est le seul visage que j'aie jamais connu à la souffrance. On parle de la douleur de vivre. Mais ce n'est pas vrai, c'est la douleur de ne pas vivre qu'il faut dire. Et comment vivre dans ce monde d'ombres ? Sans vous, sans deux ou trois êtres que je respecte et chéris, une épaisseur manquerait définitivement aux choses. Peut-être ne vous ai-je pas assez dit cela, mais ce n'est pas au moment où je vous sens un peu désemparé que je veux manquer à vous le dire. Il y a si peu d'occasions d'amitié vraie aujourd'hui que les hommes en sont devenus trop pudiques, parfois. Et puis chacun estime l'autre plus fort qu'il n'est, notre force est ailleurs, dans la fidélité. C'est dire qu'elle est aussi dans nos amis et qu'elle nous manque en partie s'ils viennent à nous manquer. C'est pourquoi aussi, mon cher René, vous ne devez pas douter de vous, ni de votre œuvre incomparable : ce serait douter de nous aussi et de tout ce qui nous élève. Cette lutte qui n'en finit plus, cet équilibre harassant (et à quel point j'en sens parfois l'épuisement !) nous unissent, quelques-uns, aujourd'hui. La pire chose après tout serait de mourir seul, et plein de mépris. Et tout ce que vous êtes, ou faites, se trouve au-delà du mépris. Revenez bien vite, en tous cas. Je vous envie l'automne de Lagnes, et la Sorgue, et la terre des Atrides. L'hiver est déjà là et le ciel de Paris a déjà sa gueule de cancer. Faites provisions de soleil et partagez avec nous. Très affectueusement à vous A.C. L’Isle-sur-Sorgue 19 mars [19]62 Cher Paul Celan Votre dernière lettre voici un mois a renforcé encore, s’il était possible, mon amitié pour vous. Mais à votre différence, je ne suis plus tourmenté par ces mêmes-gens qui vous accablent de leurs harcèlements, j’ai creusé depuis quelques années une voie dans laquelle ils s’engouffrent, voie qui donne sur un vide à leur mesure. Croyant m’abattre, ils se tuent... Et ce passage qu’ils appellent « cœur de chat », « Char hermétique », etc. (je ne tarderai pas à devenir un poète moyenâgeux, ou encore, épuisé) fait immanquablement mouvement à l’aide de ses sables, mais ne peut que longer ce qu’il a bien fallu que mon existence d’homme devienne : une vie feutrée. C’est le revers de la poésie, cette haine qui accompagne ceux qui la portent. Les nazis et les lâches, les circonstanciels et les insouciants, les très-sûrs d’eux et les politiques de crèche, voilà la pâte avec laquelle se pétrit le pain que l’on voudrait nous obliger à manger. Non. Si je n’éprouvais de terribles épreuves humaines trop souvent, et plus que je n’en puis supporter, mon problème d’énigme parmi les haineuses fausses énigmes, ne m’apparaîtrait plus comme essentiel. Permettez-moi de vous souhaiter bientôt une bonne couche de neige là où se sont multipliés près de vous les pas infects. Je vous serre la main. Votre ami René Char La recherche de la base et du sommet (1955) Premier billet à Francis CUREL (1941) (…) Après le désastre, je n'ai pas eu le cœur de rentrer dans Paris. A peine si je puis m'appliquer ici, dans un lointain que j'ai choisi, mais que je trouve encore trop peu à proximité des allées et venues des visages résignés à eux-mêmes et aux choses. Certes, il faut écrire des poèmes, tracer avec de l’encre silencieuse la fureur et les sanglots de notre humeur mortelle, mais tout ne doit pas se borner là. Ce serait dérisoirement insuffisant. Je te recommande la prudence, la distance. Méfie-toi des fourmis satisfaites. Prends garde à ceux qui s'affirment rassurés parce qu'ils pactisent. Ce n'est pas toujours facile d'être intelligent et muet, contenu et révolté. Tu le sais mieux que personne. Regarde, en attendant, tourner les dernières roues sur la Sorgue. Mesure la longueur chantante de leur mousse. Calcule la résistance délabrée de leur planche. Confie-toi à voix basse aux eaux sauvages que nous aimons. Ainsi tu seras préparé à la brutalité, notre brutalité qui va commencer à s'afficher hardiment...Est-ce la porte de notre fin obscure, demandais-tu ? Non. Nous sommes dans l'inconcevable, mais avec des repères éblouissants.

  • Albert CAMUS

    Cf. le dossier LUMNI sur CAMUS: https://www.lumni.fr/dossier/albert-camus Présence de Camus (1960-2020) Extrait d'Entrée libre, programme télévisuel de France5 Extrait du programme radiophonique Les chemins de la philosophie L'enfant de Belcourt Extrait du Premier homme (1960, éd. 1994) Un enfant n’est rien par lui-même,ce sont ses parents qui le représentent. C’est par eux qu’il se définit, qu’il est défini aux yeux du monde. C’est à travers eux qu’il se sent jugé vraiment, c’est-à-dire jugé sans pouvoir faire appel, et c’est ce jugement du monde que Jacques venait de découvrir et, avec lui, son propre jugement sur le mauvais cœur qui était le sien. (...) un dur et mauvais orgueil qui l’aida au moins en cette circonstance,lui fit écrire d’une plume ferme “domestique” sur l’imprimé,qu’il porta avec un visage fermé au répétiteur qui n’y prit même pas garde. Avec tout cela, Jacques ne désirait nullement changer d’état ni de famille, et sa mère telle qu’elle était demeurait ce qu’il aimait le plus au monde, même s’il l’aimait désespérément. Comment faire comprendre d’ailleurs qu’un enfant pauvre puisse avoir parfois honte sans jamais rien envier? Le Méditerranéen lyrique et épicurien celui de Noces (1949): retour à Tipaza (1938) Tipaza, Ouest d'Alger, le littoral de l'enfance Je comprends ici ce qu'on appelle gloire: le droit d'aimer sans mesure. Il n'y a qu'un seul amour dans ce monde. Étreindre un corps de femme, c'est aussi retenir contre soi cette joie étrange qui descend du ciel vers la mer. Tout à l'heure, quand je me jetterai dans les absinthes pour me faire entrer leur parfum dans le corps, j'aurai conscience, contre tous les préjugés, d'accomplir une vérité qui est celle du soleil et sera aussi celle de ma mort. Dans un sens, c'est bien ma vie que je joue ici, une vie à goût de pierre chaude, pleine de soupirs de la mer et des cigales qui commencent à chanter maintenant. La brise est fraîche et le ciel bleu. J'aime cette vie avec abandon et veux en parler avec liberté: elle me donne l'orgueil de ma condition d'homme. Pourtant, on me l'a souvent dit : il n'y a pas de quoi être fier. Si, il Y a de quoi: ce soleil, cette mer, mon cœur bondissant de jeunesse, mon corps au goût de sel et l'immense décor où la tendresse et la gloire se rencontrent dans le jaune et le bleu. C'est à conquérir cela qu'il me faut appliquer ma force et mes ressources. Tout ici me laisse intact, je n'abandonne rien de moi-même, je ne revêts aucun masque: il me suffit d'apprendre patiemment la difficile science de vivre qui vaut bien tout leur savoir vivre. À Tipasa, je vois équivaut à je crois, et je ne m'obstine pas à nier ce que ma main peut toucher et mes lèvres caresser. Je n'éprouve pas le besoin d'en faire une œuvre d'art, mais de raconter ce qui est différent. Tipasa m'apparaît comme ces personnages qu'on décrit pour signifier indirectement un point de vue sur le monde. Comme eux, elle témoigne, et virilement. Elle est aujourd'hui mon personnage et il me semble qu'à le caresser et le décrire, mon ivresse n'aura plus de fin. Il y a un temps pour vivre et un temps pour témoigner de vivre. L'absurde dans Caligula (1944), IV, sc.14 (quasi fin du monologue de Caligula) Tout a l'air si compliqué. Tout est si simple pourtant. Si j'avais eu la lune, si l'amour suffisait, tout serait changé. Mais où étancher cette soif ? Quel cœur, quel dieu auraient pour moi la profondeur d'un lac ? (S'agenouillant et pleurant.) Rien dans ce monde, ni dans l'autre, qui soit à ma mesure. Je sais pourtant, et tu le sais aussi (il tend les mains vers le miroir en pleurant), qu'il suffirait que l'impossible soit. L'impossible! Je l'ai cherché aux limites du monde, aux confins de moi-même. J'ai tendu mes mains (criant), je tends mes mains et c'est toi que je rencontre, toujours toi en face de moi, et je suis pour toi plein de haine. Je n'ai pas pris la voie qu'il fallait, je n'aboutis à rien. Ma liberté n'est pas la bonne. Hélicon! Hélicon ! Rien ! Rien encore. Oh, cette nuit est lourde ! Hélicon ne viendra pas : nous serons coupables à jamais ! Cette nuit est lourde comme la douleur humaine. relecture du concept par Raphaël ENTHOVEN L'artiste engagé extrait du Discours de Suède (1957) Par Raphael ENTHOVEN La peste comme allégorie Extrait du roman La Peste, 1e partie (1947) 4. La peste (1947), première partie Le mot de « peste » venait d'être prononcé pour la première fois. À ce point du récit qui laisse Bernard Rieux derrière sa fenêtre, on permettra au narrateur de justifier l'incertitude et la surprise du docteur, puisque, avec des nuances, sa réaction fut celle de la plupart de nos concitoyens. Les fléaux, en effet, sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu'ils vous tombent sur la tête. Il y a eu dans le monde autant de pestes que de guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent les gens toujours aussi dépourvus. Le docteur Rieux était dépourvu, comme l'étaient nos concitoyens, et c'est ainsi qu'il faut comprendre ses hésitations. C'est ainsi qu'il faut comprendre aussi qu'il fut partagé entre l'inquiétude et la confiance. Quand une guerre éclate, les gens disent : « Ça ne durera pas, c'est trop bête. » Et sans doute une guerre est certainement trop bête, mais cela ne l'empêche pas de durer. La bêtise insiste toujours, on s'en apercevrait si l'on ne pensait pas toujours à soi. Nos concitoyens à cet égard étaient comme tout le monde, ils pensaient à eux-mêmes, autrement dit, ils étaient humanistes : ils ne croyaient pas aux fléaux. Le fléau n'est pas à la mesure de l'homme, on se dit donc que le fléau est irréel, c'est un mauvais rêve qui va passer. Mais il ne passe pas toujours et, de mauvais rêve en mauvais rêve, ce sont les hommes qui passent, et les humanistes, en premier lieu, parce qu'ils n'ont pas pris leurs précautions. Nos concitoyens n'étaient pas plus coupables que d'autres, ils oubliaient d'être modestes, voilà tout, et ils pensaient que tout était encore possible pour eux, ce qui supposait que les fléaux étaient impossibles. Ils continuaient de faire des affaires, ils préparaient des voyages et ils avaient des opinions. Comment auraient-ils pensé à la peste qui supprime l'avenir, les déplacements et les discussions ? Ils se croyaient libres et personne ne sera jamais libre tant qu'il y aura des fléaux. Extraits lus par Anouk GRINBERG, invitée Aurélie PALUD, Dr en littérature comparée (cf. https://www.lemonde.fr/livres/article/2020/03/21/aurelie-palud-la-litterature-devrait-nous-aider-a-ne-pas-ceder-a-des-pulsions-qui-risquent-de-faire-le-jeu-de-l-epidemie_6033961_3260.html ) Cycle de la révolte Extrait de L'homme révolté (1956) Révolte ou révolution? par Arno MUNSTER, prof. Univ. Picardie A propos de CAMUS La biographie de CAMUS Présentation de Camus, une vie (Gallimard, 2009) d' Olivier TODD par Olivier BARROT pour FR3 CAMUS des mots à l'image José MUNOZ illustre et fait vivre l'Etranger en noir et blanc (Futuropolis/Gallimard, 2012)

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